Business du foot

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Encore une manne qui échappe aux officiels

L’engouement autour du football national a permis la mise en place d’un marché parallèle de produits dérivés. Un marché qui reste peu développé, dominé par l’informel, et dont les revenus échappent aux instances officielles des clubs.

Le football national a vécu cette saison un championnat exceptionnel qui a tenu en haleine les spectateurs jusqu’à l’ultime rencontre. Et cela grâce à un niveau de compétition jamais égalé, encouragé par les primes de classement, mises en place cette année par la fédération. Il faut dire que les cagnottes sont de taille, le leader, le Wydad de Casablanca, ayant empoché quelque 2,1 millions de DH, tandis que le Raja s’est vu attribuer 1,7 million. La troisième équipe, le Difaa d’El Jadida emporte l’honorable montant de 1,4 million de DH. Et c’est tout naturellement que la qualité du spectacle s’est traduite par une  grande affluence du public.
En témoigne le nombre important de supporters qui investissent les stades chaque semaine. Rien que pour le derby Wydad-Raja, plus de 60.000 personnes se sont massées dans les gradins du complexe Mohammed V. Ce qui a permis de constituer un vrai marché, avec des recettes record de billetterie enregistrées cette année, atteignant la cagnotte de 1,65 million de DH lors du Derby. Et cela sans compter le développement des mouvements Ultra qui a également permis de dynamiser le marché des  produits dérivés. En effet, ces groupes de supporters préparent des Tifos géants (animation visuelle organisée par les supporters) qui coûtent entre 20.000 et 50.000 DH par match.
A titre d’exemple, le Raja a mis en place une boutique on-line pour la commercialisation des maillots officiels et autres produits portant le logo du club. On y trouve des tenues proposées à 450 DH ou encore des polos à 150 DH. Cependant, «en dépit de ce marché embryonnaire, le merchandising reste encore peu développé au Maroc, à cause de la faiblesse du pouvoir d’achat», souligne Rachid Ouali Alami, membre de la Fédération et vice-président du MAS. Un autre problème de taille freine cet élan. Il s’agit du circuit informel à travers lequel s’écoulent dans les stades, toutes sortes de produits dérivés, dont les revenus échappent aux instances officielles des clubs. Ainsi, drapeaux, t-shirts, tenues, casquettes… autant de produits de contrefaçon vendus dans les stades à des prix allant de 10 à 50 DH. Si l’heure n’est pas encore aux accessoires ou autres gadgets siglés aux couleurs des équipes, le championnat national se veut néanmoins un vrai marché du travail. Dans la mesure où tous les joueurs, les staffs techniques et le personnel administratif sont des salariés de leurs clubs. Ceux-ci sont actuellement assimilés à des PME, dont le budget annuel varie entre 10 et 35 millions de DH.  Cependant, peut-on parler de marché de travail quand on connaît le niveau faible des salaires versés par les clubs?
A titre d’exemple, Ayoub Skouma, joueur du Wydad et l’un des plus talentueux au Maroc, touche la modique somme de 4.000 DH par mois. Autre exemple, celui du joueur du Raja, Yassine Salhi, l’un des meilleurs avant-centres qu’a connu le football national et l’un des meilleurs buteurs du championnat, s’est vu proposer un contrat de 5 ans avec son club pour une somme dérisoire qui ne dépasse pas les 50.000 DH. Un montant qui ne peut en aucun cas être comparé aux primes de transfert des joueurs professionnels, comme Cristiano Ronaldo.
Mais, au Maroc, les professionnels estiment que les joueurs marocains gagnent assez bien leur vie, si l’on prend en considération les deux autres sources de revenu que sont la prime de signature et les primes de matchs. Sauf que cette situation est appelée à changer si l’on veut éviter la fuite des meilleurs éléments vers les championnats du Golfe pour assurer leur avenir, vu que la carrière d’un joueur de football reste très courte. L’entrée en vigueur, à partir du 20 juin, du Statut du joueur constituera-t-elle un premier pas dans ce processus?

M. A. M.

 


Rachid Ouali Alami

Membre de la Fédération royale marocaine de Football.

Quelle est la valeur-ajoutée du Statut du joueur qui entre en application à partir du 20 juin?
Rachid Ouali Alami: Nous sommes en retard sur ce registre et il est temps de nous conformer à la configuration FIFA. Ce statut va complètement changer la situation du joueur marocain. Il stipule clairement les droits et les obligations des pratiquants de football, qu’ils soient amateurs ou professionnels.

Les budgets des clubs sont-ils gérés de manière transparente?
Contrairement à une idée reçue, les budgets des clubs sont des plus transparents. Ces clubs tiennent régulièrement leurs assemblées générales, et présentent à leurs adhérents des comptes certifiés. De plus, tous les clubs sont obligés d’envoyer leurs rapports financiers à la fédération. Celle-ci a d’ailleurs mandaté, l’année dernière, un cabinet pour auditer tous les clubs de football.

Certains clubs ont évoqué la possibilité de se transformer en société. Comment percevez vous cette démarche?
Cette transformation permettra certainement d’attirer des capitaux, mais la liaison entre le professionnalisme et le statut juridique n’est pas automatique. De plus, les clubs ne sont pas tous obligés de se transformer en sociétés sportives. Car, de grandes équipes comme le Barça ou le Real sont des associations. Mais ceci ne les empêche pas de créer des sociétés détenues à 100%, pour la gestion des aspects marketing et merchandising. Le professionnalisme est d’abord lié au respect d’un cahier de charges.

Comment développer les ressources financières des clubs?
Ces ressources proviennent essentiellement des contributions des adhérents, de la billetterie, de la vente des joueurs, du sponsoring, des droits TV et des subventions de la fédération. Nous espérons que les recettes des droits TV puissent constituer 25 à 30% des budgets des clubs. C’est pour cela que nous lançons bientôt un appel d’offres pour le sponsoring et les droits TV. Cette année, nous avons tourné, uniquement pour le championnat d’élite, avec un budget de 80 millions de DH. L’objectif est de passer le plus tôt possible à 150 millions de DH.

Qu’en est-il des produits de merchandising?
Ce marché reste peu développé à cause de la faiblesse du pouvoir d’achat. De plus, la commercialisation des produits dérivés est d’abord liée à des habitudes de consommation que nous n’avons pas encore. Cela sans parler des effets de la contrefaçon. Nous avons été confrontés à ce problème au niveau de l’équipe nationale. Car, quand le maillot officiel est proposé à 450 DH, le produit de contrefaçon est vendu à 60 DH. Donc, la consolidation de ce marché passe d’abord par la mise en place de produits à des coûts appropriés.

Propos recueillis par
M. A. M.

 

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