Les Marocains se rebiffent
Ils sont pour la plupart contre la politique antidopage menée par les grandes instances internationales. Eux, ce sont des spécialistes marocains du sport qui dénoncent l’inefficacité et l’absence de fiabilité des contrôles antidopage, ainsi que la surmédiatisation de ce phénomène.
Moi, je vous dis de la part de la Fifa que le sport et le dopage font mauvais ménage. Et nous devons faire en sorte qu’ils ne fassent pas ménage. Le dopage est au sport ce que la drogue est à la société». La Fifa est on ne peut plus claire sur cette question. Pourtant les propos de Michel D’Hooghe, président de la commission médicale de la Fédération de passage au Maroc en mai dernier, sont loin de faire l’unanimité. Les professionnels marocains jugent la stratégie antidopage de la Fifa à la fois inefficace et injuste. Tout comme ils restent convaincus que le monde du sport est la vache à lait pour les laboratoires qui fabriquent et les anabolisants et les tests antidopage.
Une réalité admise par le représentant de la Fifa. «C’est vrai qu’avec 35.000 contrôles antidopage par an rien que pour le foot, à 1.000 dollars le contrôle, les frais générés par les examens deviennent rédhibitoires dans cette lutte. Nous devons trouver des moyens adéquats pour diminuer ces dépenses et améliorer le ciblage». Mettre moins d’argent dans les contrôles permet d’investir davantage dans la formation et la sensibilisation des jeunes. Une option farouchement défendue par Hela Kouki Chaouachi, responsable management qualité au sein de l’Agence nationale antidopage de la Tunisie.
Elle a démontré que si le contrôle d’un sportif revient à 1.000 dollars, sa sensibilisation ne coûte que 2 dollars. Mais entre le gouffre financier des contrôles et la médiatisation, à travers les campagnes de sensibilisation, le monde sportif se retrouve pris dans un étau.
Pour de nombreux professionnels, «trop médiatiser le dopage, c’est la meilleure promotion que l’on puisse lui faire», fait observer Aziz Daouda, directeur technique de la Confédération africaine d’athlétisme. A force d’être matraqué, le jeune finit par croire à l’efficacité de la substance interdite et devient plus que jamais tenté.
Est-ce ce qui s’est produit pour le Marocain Brahim Boulami? Contrôlé positif à l’Epo en 2002, il s’insurge arguant que les méthodes de dépistage sont discutables et appuie la thèse de la nocivité de la surmédiatisation.
La controverse va beaucoup plus loin. Les professionnels marocains remettent carrément en cause la fiabilité des résultats des analyses qui, lorsqu’elles s’avèrent positives, sont à nouveau effectuées par le même laboratoire. «Or, ce sont de grands laboratoires qui n’acceptent pas le fait de commettre des erreurs», explique Daouda qui craint que cela soit à l’origine des manipulations de résultats. De plus, les substances sont en perpétuel changement et certaines sont totalement indécelables aujourd’hui. Des sportifs riches peuvent se les fournir, alors que ceux des pays en développement se feront pincer avec de vieilles substances.
Les professionnels regrettent que l’Agence mondiale antidopage se fonde sur des sciences inexactes avec possibilité d’erreurs pour décider de l’avenir d’un sportif. Sans oublier que, chaque année, la liste des produits interdits est rafraîchie et que ce qui était interdit hier ne l’est plus aujourd’hui. Pis, les prises se font parfois à des moments inopportuns et ne respectent pas toujours la vie privée du sportif.
Une controverse qui laisse le champ libre à toutes les affabulations. Mais, en l’absence d’une nouvelle stratégie et malgré toutes ses imperfections, le contrôle antidopage reste dissuasif. Surtout qu’aujourd’hui les sportifs sont soumis à des diktats de performance quasi inhumains.
Tolérance zéro envers le dopage!
Michel D’Hooghe
Président de la commission médicale de la FIFA. Il est également président d’honneur de l’Union belge de football et président du FC Bruges de la Belgique.
Que propose la FIFA pour lutter contre les nouvelles générations de dopants, de plus en plus sophistiqués et difficiles à déceler?
Michel D’Hooghe: Il y a peu, mon ami et compatriote, le président du comité olympique, me disait que l’on ne va jamais gagner le combat contre le dopage, mais nous devons le continuer parce qu’avec nos actions nous éliminons au moins un pourcentage. C’est vrai que les produits sont de plus en plus sophistiqués et nous devons être en mesure non seulement de les anticiper mais aussi de les traquer. Nous devons en permanence rester sur nos gardes et veiller au grain. C’est une question qui concerne en premier lieu l’Agence mondiale antidopage (l’AMA). Une agence dont nous avons signé les codes et suivons les consignes.
Quelles sont les mesures prises par la FIFA pour éviter le dopage lors de cette coupe du monde?
Nous avons longuement discuté avec les 32 médecins des équipes qualifiées de la stratégie antidopage de la FiFA et des méthodes à déployer durant le championnat. Nous allons lors des grandes préparations et entraînements pour la coupe, en Europe, en Afrique et partout ailleurs, faire des contrôles antidopage parmi 8 joueurs de chaque équipe. Les examens sont urinaires et sanguins. Cela fait 256 échantillons. Puis, à chacune de nos 64 rencontres de la coupe du monde, nous allons par tirage au sort comme nous le faisons toujours, faire un contrôle antidopages à quatre joueurs, deux par équipe, soit 256 tests. Au final, nous aurons au cours de cette rencontre effectué quelque 512 contrôles antidopages. C’est la procédure habituelle que nous appliquons depuis France 98. Nous l’avons utilisé au Japon et en Corée, puis en Allemagne en 2006.
De tels moyens n’auraient pas été plus utiles en servant à la prévention par exemple?
Moi, je veux bien arrêter d’effectuer tous ces contrôles antidopage, mais la question est: existe-t-il une autre alternative plus efficace? Nous mettons environ 1.000 dollars dans chaque contrôle.
Avec 35.000 contrôles par an, imaginez ce que cela signifie comme coût. On ne peut pas continuer de cette façon, cela coûte trop cher. Nous devons diminuéer la quantité et augmenter la qualité. Mais, ce que je n’accepte pas, c’est le reproche que la FIFA investirait trop d’argent dans cette lutte.
Parce que si nous avons de si beaux résultats, c’est en partie grâce à ces tests. Les athlètes se sentent énormément contrôlés, c’est ce qu’on appelle la peur du gendarme.
Une campagne de sensibilisation, moins onéreuse, ne serait-elle pas plus efficace?
Je suis tout à fait d’accord avec vous. Les éléments clés de la lutte antidopage reposent sur la sensibilisation des jeunes. Pour cela, nous avons des programmes sur Internet ainsi que des publications médicales dans les plus grandes revues médicales et sportives du monde comme le British journal, l’American journal… Donc, je pense que là aussi nous faisons de grands efforts. Et durant cette coupe du monde, nous allons profiter du fait que l’attention de tous les jeunes soit braquée sur la rencontre pour lancer des messages et informer les sportifs que nous avons une tolérance zéro envers le dopage.
Qu’est-ce que la FIFA a prévu pour soutenir davantage le Maroc dans sa lutte contre le dopage des footballeurs?
La FIFA ne fait rien de spécifique pour un pays donné. Elle soutient la lutte dans le cadre de ses 208 associations affiliées. À travers elles, nous faisons passer un message qui consiste à dire que notre stratégie envers le dopage se traduit par une tolérance zéro. Pour trois raisons. Le dopage est contre l’éthique du sport, il est contre l’intégrité de nos compétitions et enfin il nuit à la santé du sportif. C’est pourquoi, la FiFA fait d’énormes efforts pour bannir ce fléau dans le football. Et nous pouvons estimer que nos résultats sont excellents. Nous avons un pourcentage inférieur à 0,3% de cas positifs dont la majorité sont encore des drogues sociales. De toutes les fédérations internationales de sport, nous faisons le plus de contrôles antidopage.
Que conseillez-vous aux associations marocaines de lutte contre le dopage pour mieux réussir leur combat?
La meilleure solution, c’est d’informer les jeunes des dangers du dopage, faire de la prévention en diffusant l’information le plus largement possible et les amener à être très prudents par rapports aux suppléments alimentaires. Je pense que le Maroc est l’un des pays plus avancés dans la prévention. Il a fait beaucoup d’efforts dans ce sens.
Maimouna DÏA


