La machine diplomatique est-elle rouillée? Mandats à vie, représentations éclaires, scandales et mésaventures,
la chancellerie semble vacillante. Peut-être est-il temps de mettre sur pied l’Académie diplomatique annoncée…Retour sur quelques profils saillants.
Changement de règne, changement de style diplomatique. En effet, la diplomatie marocaine a changé de visage depuis l’accès au Trône de S.M Mohammed VI. Et si Hassan II œuvrait pour une présence continuelle du Maroc sur la scène régionale et internationale, le Souverain actuel a recentré l’appareil diplomatique sur les intérêts directs du Royaume. Et c’est tout naturellement que la question du Sahara occupe une place de choix. Un dossier sur lequel le Maroc a réalisé de grandes avancées, après des années de blocage. Ce succès relatif contraste cependant avec la gestion hésitante des relations avec certains Etats. Le Maroc devient intransigeant sur ses intérêts et n’hésite pas à taper du poing sur la table, mais les réactions diplomatiques ont pris ces dernières années des dimensions disproportionnées. Les convocations et rappels des ambassadeurs sont devenus assez fréquents. Et si le rappel de l’ancien ambassadeur en Espagne, Abdeslam Baraka, était compréhensible vu la politique anti-marocaine du gouvernement Aznar, d’autres rappels ont surpris les observateurs. C’est le cas de la convocation de l’ancien ambassadeur à Dakar, suite aux déclarations du chef du parti socialiste sénégalais touchant à l’intégrité territoriale. Cette décision traduit les réactions à chaud de l’appareil diplomatique, surtout que les déclarations émanent d’un chef de parti qui n’était représenté ni au gouvernement ni au Parlement. Elle n’a fait que perturber les relations entre les deux pays, pourtant historiques. A ces deux cas s’ajoutent la rupture des relations diplomatiques avec l’Iran suite à un différend avec le Bahreïn et la fermeture de l’ambassade au Venezuela pour protester contre l’accréditation d’un ambassadeur du Polisario au pays de Chavez. Cette rigidité des réactions est accompagnée d’une présence timide dans des régions aussi importantes que le Moyen-Orient ou l’Amérique latine. Une absence pénalisante vu que le continent américain est très investi par les pro-Polisario.
Ces dysfonctionnements traduisent, selon les observateurs, un manque de moyens, surtout humains, qui pourraient donner un nouvel élan à l’appareil diplomatique. Car, la pratique est de faire appel à des personnalités, certes expérimentées, mais qui ne sont pas souvent polyglottes. Ce qui constitue un handicap dans la mesure où le diplomate qui ne parle pas la langue du pays d’accréditation reste otage des employés locaux. Positions des partis politiques, de l’opinion publique, des médias… tout se filtre au niveau de ces employés avant d’atterrir sur le bureau de l’ambassadeur. Ainsi, la mise en place d’une école d’élite, susceptible d’assurer cette mission, est une priorité. Sur ce point, SM Mohammed VI avait insisté, déjà en 2002, sur le profil requis. Car, le métier de diplomate n’est pas seulement une vocation, mais nécessite «un savoir-faire particulier, une culture diversifiée et une réelle aptitude à la négociation internationale». D’où l’annonce en 2007 de la création d’une Académie royale de diplomatie, dont le cursus de formation a été préparé par l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche à Genève. Son étude de faisabilité a été réalisée en 2006 par l’Académie diplomatique de Vienne, et financée par le bureau du Pnud à Rabat. Censée ouvrir ses portes en septembre 2008, aucune information n’a filtré depuis sur son sujet.
Déboires
Mohamed Benaissa
«Washington Gate»
Maire régulièrement réélu à Asilah, Mohamed Benaissa a défrayé la chronique peu après son retour des Etats-Unis, où il était ambassadeur de 1993 à 1999. Tout commence par un article publié par le défunt magazine Le Journal, qui le pointe du doigt et l’accuse de détournements et de commissions occultes, dans une affaire d’acquisition de la résidence de l’ambassade à Washington. Le magazine publie des relevés bancaires, supposés compromettants. Suite à cela, une grande polémique se déclenche à travers les médias. L’ancien ambassadeur porte alors plainte pour diffamation. Le procès se solde par la condamnation du directeur et du rédacteur en chef du magazine. Car, preuves à l’appui, la transaction s’est déroulée d’une manière régulière. Cette rocambolesque histoire a pour origine un amalgame dans la lecture des relevés bancaires, pris pour preuves de l’implication de Benaissa. Les auteurs avaient confondu le nom de l’adresse de la résidence (Clewerwall DR Bethesda) et le nom de la société immobilière ayant vendu cette résidence (Clewerwall Corporation). Ce qui leur a permis d’affirmer qu’il bénéficie de transferts d’argent douteux sur son compte. De fausses révélations en amalgames, cette affaire a pris des proportions démesurées pour se solder sur un «non-lieu», et ternir la réputation de Benaissa.
Moha Ouali Tagma
Un mandat sous haute tension
Les relations entre le Maroc et le Sénégal sont connues pour leur caractère de fraternité historique. Pourtant, le mandat de Moha Ouali Tagma, ancien ambassadeur à Dakar (2003-2008), a été entaché par des événements qui ont fait planer le doute sur la solidité de ces relations. En effet, Ouali Tagma a été rappelé en décembre 2007, pour consultation, pour protester contre les déclarations d’un membre du parti socialiste sénégalais sur la question du Sahara. Sauf que cette mésaventure diplomatique, qui a été perçue par l’allié traditionnel du Maroc comme un geste inamical, est le fait d’un membre de l’opposition, et non pas d’un responsable gouvernemental. Ce qui supposait de la part de l’ambassadeur en exercice un effort d’information pour orienter la prise de décision. La période d’exercice de Ouali Tagma a connu également l’épisode du retrait de la RAM du capital d’Air Sénégal International après des mois d’attaques et de contre-attaques entre les deux parties. De même que la Société maritime de l’Atlantique, créée quelques années plus tôt par la Comanav, s’était également retirée de la gestion de la liaison Dakar-Ziguinchor.
Abbas El Fassi
Notre ami Abbas
Au début des années 1990, les relations maroco-françaises passaient par des moments très délicats, avec un gouvernement Mitterrand qui ne manquait aucune occasion pour tirer à boulets rouges sur le Royaume. C’est dans ce contexte que l’actuel Premier ministre, Abbas El Fassi, a été nommé à la tête de l’ambassade à Paris, de 1990 à 1994. succédant à Youssef Bel Abbès Sa nomination n’était pas fortuite. L’idée était de placer un représentant issu d’un parti nationaliste et arabiste, historiquement opposé à la France. Surtout qu’une vaste campagne était menée contre le Maroc, notamment par Danielle Mitterrand. Dès sa prise de fonction, Abbas El Fassi a dû faire face à cette atmosphère hostile. Et le point culminant était la publication du pamphlet de Gilles Perrault, Notre ami le Roi, qui a été largement médiatisé. Pour contrecarrer sa diffusion, Abbas El Fassi n’a pas trouvé mieux que de faire le tour des librairies pour acquérir les stocks du livre sulfureux. Ce qui n’a que participé à faire la fortune de Gilles Perrault et sa maison d’édition, et à ridiculiser notre cher Premier ministre.
Ahmed Snoussi
Plombé par l’affaire CIH
Ancien ambassadeur permanent du Maroc à l’ONU (1993-2001), Ahmed Snoussi a pris part aux différents développements de l’affaire du Sahara, qu’il a défendu devant cette instance. Homme d’Etat de longue date, ministre et ambassadeur dans différentes capitales, il a défrayé la chronique par son implication dans le dossier du CIH, examiné par la justice depuis quelques années. Un scandale financier qui a terni l’image de ce diplomate chevronné. L’origine de cette affaire remonte à un crédit de 141 millions de DH contracté par la société Kabila Marina, créée en 1986 par Snoussi. Les accusations ont concerné les modalités de remboursement de ce crédit ainsi que l’abandon d’une partie de la dette, au profit de la société de l’ancien ambassadeur. Il s’agit notamment de l’exonération des pénalités de retard, des majorations et des intérêts échus capitalisés. Soit une somme de 58 millions de DH. Interrogé par la justice sur ces facilités accordées à la société de Snoussi, l’ex-directeur général du CIH, Abdelhak Benkirane a renvoyé la balle à son PDG, Moulay Zine Zahidi, qui selon lui, gérait directement ce dossier.
Nabil Benabdallah
Crêpage de chignon à l’italienne
Lorsque son chemin l’a mené à Rome en novembre 2008, Nabil Benabdallah s’attendait à une prometteuse carrière diplomatique. Sauf que la virée romaine allait tourner court. En effet, quelques mois plus tard, il est sommé de rejoindre Rabat suite à une altercation entre son épouse Kawtar Sounni et l’épouse du ministre des Affaires étrangères, son supérieur hiérarchique, Fathia Fassi Fihri. Les informations disent que les deux épouses ne se supportaient pas depuis des mois. L’affaire a éclaté lors du vernissage d’une exposition à Venise. Dans la salle, des regards croisés sur fond de mépris entre les deux épouses des diplomates allaient vite tourner en échanges d’insultes et de joutes verbales, jusqu’à en arriver aux mains, selon les rumeurs. Donnant un coup fatal à la diplomatie marocaine, devant une assistance médusée. Ce crêpage de chignon a coûté à Benabdallah son poste d’ambassadeur puisqu’il a été rappelé au Maroc et remplacé, quelques mois plus tard, par Hassan Abouyoub en juillet 2009. Et après avoir fait profil bas pendant quelques mois, il renaît de ses cendres en s’impliquant dans les affaires de son parti, le PPS, dont il vient de prendre les commandes.
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Supers mandats
Mohamed Belmahi
Sortie avec les honneurs
Le poste d’ambassadeur à Londres lui allait comme un gant. A tel point qu’il y est resté 10 ans, dépassant ainsi de loin la moyenne de longévité de ses collègues à ce poste. Nommé en 1999 par SM le Roi Mohammed VI, il n’a quitté ses fonctions qu’en janvier 2009, date où il a été remplacé par Chrifa Lalla Joumala Alaoui. Il faut souligner qu’il est parti avec les honneurs, en recevant quelques jours seulement avant la fin de son mandat, le prestigieux Interfaith Gold Medaillon Award (Médaillon d’or interreligieux) du forum des trois religions. D’ailleurs, tout au long de son parcours à Londres, Belmahi a fait l’objet de plusieurs distinctions et nominations. En 2003, par exemple, il a reçu le titre de Chevalier commandant de l’Ordre Royal de Francis premier. En 2006, il a reçu la distinction Freedom of the city of London, décernée aux personnalités les plus méritantes dans différents domaines, tels que la politique, la diplomatie, la culture, etc.
Mohamed Faraj Doukkali
Double mission
En poste depuis 2003, Mohamed Faraj Doukkali, fait partie des ambassadeurs qui ont été maintenus dans leurs postes pendant plusieurs années (+ de 7 ans). Nommé par le Roi en décembre 2003, il a remis les copies figurées de ses lettres de créance au ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmed Maher, le même mois. La longévité de son mandat s’explique par le caractère sensible de la chancellerie qu’il chapeaute. En effet, il est à la tête de l’une des plus importantes représentations diplomatiques du Maroc dans le monde arabe. Ambassadeur en Egypte, il a la lourde tâche de veiller sur les intérêts du Maroc dans le pays de Housni Moubarak. Une responsabilité de taille, vu le statut de l’Egypte comme l’une des puissances régionales. Cette importance découle également de l’implication du Caire dans la résolution du conflit palestinien, qui constitue l’une des priorités de la diplomatie marocaine. D’autant plus que le Souverain marocain est le président du Comité d’Al Qods, très impliqué également dans la résolution de ce conflit. D’où l’importance capitale de cette chancellerie, dont l’ambassadeur est appelé à jouer un rôle complexe. Car, il est à la fois représentant du Maroc en Egypte, et donc chargé de la promotion de l’image du Royaume et de la défense de ses intérêts, mais également muni d’une mission de représentation au sein de la Ligue arabe, dont le siège est situé au Caire.
Ali Oumlil
Le parfait représentant
Ali Oumlil fait partie de ces profils dont il est difficile de se séparer. Penseur, écrivain, ancien universitaire, militant dans le domaine des droits de l’Homme, …il a tout du parfait représentant. Ses qualités d’intellectuel engagé, d’une double culture arabe et occidentale, ont fait de lui un homme de choix pour représenter le Maroc dans des capitales aussi importantes que le Caire (2001-2003) et Beyrouth depuis 2003. Il a pu se maintenir dans son poste (+ de 7 ans) grâce à ses qualités qui font de lui un interlocuteur respecté par les sphères officielles mais également de l’élite intellectuelle et de la société civile du pays d’accréditation. Surtout qu’il s’agit de l’un des fondateurs de l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH), qui l’élut président en 1979. Il est aussi nommé rédacteur en chef de sa revue «Solidarité». Oumlil a également présidé l’OMDH de 1990 à 1993. Un self-made man, acteur de la société civile, professeur de philosophie à l’idéologie gauchiste (USFP), il a été initié à la fonction de diplomate à travers sa présidence de l’Organisation arabe des droits de l’homme (OADH) de 1997à 1998.
Youssef Bel Abbès
Le doyen des ambassadeurs
La carrière politique de Youssef Bel Abbès Tâarji a pris son envol en 1958, après sa nomination au sein du quatrième gouvernement du Royaume, en tant que ministre de la Santé. Il a ensuite été nommé ministre de l’Enseignement en 1961. Un poste qu’il a gardé jusqu’en 1965, date à la quelle, il provoque, malgré lui, l’une des révoltes les plus virulentes du règne de Hassan II, matée dans le sang par le général Oufkir. En diffusant une circulaire interdisant aux élèves de plus de 16 ans de redoubler le brevet, Bel abbès avait déclenché l’ire des lycéens, soutenus dans leur manifestation, transformée en révolte populaire, par l’Union nationale des étudiants du Maroc. Après cet épisode dramatique, auquel son nom sera à jamais associé, Bel Abbès quitte le gouvernement et atterrit au poste d’ambassadeur du Maroc à Paris. Une fonction qu’il occupera pendant près de vingt ans, battant ainsi le record de longévité dans le poste d’ambassadeur. Il faut dire que Bel Abbès savait se rendre indispensable et même irremplaçable. Pendant son long mandat, il a su développer un grand capital sympathie auprès de ses collaborateurs. Et notamment auprès de la famille royale, pour laquelle il se dévouait corps et âme. Après 20 ans de «prouesses» diplomatiques, il a cédé la place à Abbas El Fassi.
Abdelkarim Semmar
Jusqu’au dernier souffle!
Il s’est dévoué pour sa mission diplomatique en Arabie Saoudite jusqu’à son dernier souffle! Abdelkarim Semmar a représenté le Maroc dans les terres saintes depuis sa nomination en 1996 par feu Hassan II,
jusqu’à fin 2009, date de son décès à l’hôpital de Riyad, à l’âge de 72 ans. Semmar fait partie de la première génération de diplomates marocains. Avant sa nomination en Arabie Saoudite, il avait déjà une longue carrière dans la diplomatie étrangère derrière lui. Il avait notamment été Conseiller auprès des ambassades du Maroc à Abidjan et au Caire, et chargé d’affaires à l’ambassade du Royaume à Islamabad. Avant d’être nommé Consul du Royaume à Bobigny (France) en 1981. Il a également été Consul général à Paris, puis ambassadeur aux Emirats Arabes Unis jusqu’en 1992, et en Algérie de 1993 à 1996. Semmar, diplomate aguerri, était tenu en haute estime au palais Royal. Après l’annonce de son décès, SM le Roi Mohammed VI avait rendu hommage à sa compétence dans l’exercice de ses fonctions, à son dévouement pour le Maroc et à sa sagesse.
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Récompenses
Najib Zerouali Ouariti
L’homme des missions complexes
Réformer. Un chantier qui Najib Zerouali Ouariti a su mener à bien lorsqu’il était en charge du portefeuille de la Modernisation des secteurs publics. Durant son mandat, l’ex-ministre avait pour mission d’intégrer les nouvelles technologies et d’institutionnaliser les administrations publiques. Et chose promise, chose due, c’est sous son ère que le premier dépoussiérage des procédures administratives a été effectué avec le lancement du projet Idarati qui consiste à informatiser les différents départements facilitant la communication en interne comme en externe. Najib Zerouali compte également dans son palmarès, la réforme de l’enseignement supérieur. Et comme signe de gratitude pour ses efforts, il a été nommé en janvier 2006, ambassadeur en Tunisie. Une mission encore plus délicate que les précédentes. Mais Zerouali semble bien la mener. Car depuis sa nomination, les rapports économiques entre les deux pays vont bon train. A aujourd’hui, plusieurs accords bilatéraux ont été conclus.
Hassan Abouyoub
L’as des RP
Après le scandale de Nabil Benabdellah à Rome, il fallait un expert de la chancellerie pour recoller les morceaux cassés. C’est ainsi qu’en février 2010, Hassan Abouayoub a été nommé ambassadeur en Italie. Diplomate chevronné, Abouyoub a représenté le Maroc dans différents pays, de l’Arabie Saoudite, à Djibouti, passant par la Somalie et la France avant de devenir ambassadeur itinérant, en 2006. C’est sa capacité à rebondir qui lui a permis de grimper rapidement les échelons. Abouyoub a fait ses premiers pas dans le monde politique en 1980, quand il a été directeur du commerce extérieur. Il a pu se faire remarquer lorsqu’il a conduit le processus d’accession du Maroc au GATT. Ceci lui a valu une place ministérielle. Il devient ministre du Commerce extérieur, en 1990. Par la suite, il se voit confier le département du Tourisme et l’Agriculture. Il a été même candidat à la fonction de secrétaire général à l’Union pour la Méditerranée.
Ahmed Ould Souilem
Volte-face payant
Ancien membre fondateur du Polisario, Ahmed Ould Souilem a préféré claquer la porte, renonçant à son statut de haut fonctionnaire, pour rejoindre le Maroc en juillet 2009. Cet ex nationaliste sahraoui qui ne connaît rien du «vrai» Maroc a passé pratiquement toute sa vie en Algérie, principalement au Polisario, où il a occupé des postes des plus importants tels que ministre ou encore cheikh de la tribu des Ouled Delim. Mais si auparavant il jouissait d’un tel pouvoir, son statut au Maroc n’est pas des moindres. Son retour lui a valu le poste d’ambassadeur en Espagne depuis avril 2010. C’est aussi une manière qui permet indirectement de rappeler aux sahraouis que la patrie marocaine est généreuse avec ses transfuges. Cette décision a défrayé la chronique, mettant la diplomatie espagnole dans une position inconfortable. D’ailleurs, il a fallu trois mois de réflexion avant que Madrid n’avalise cette nomination, qui n’a pas laissé non plus insensibles l’Algérie et la Mauritanie.
Lahcen Abdelkhalek
Un patriotisme qui paie
Avant d’être l’ambassadeur du Maroc en Jordanie, Lahcen Abdelkhalek est d’abord un fervent défenseur de la cause du Sahara marocain. Sa nomination dans la branche diplomatique, de novembre 2008 à aujourd’hui, a été une sorte de consécration pour sa fibre patriotique. Il n’hésitait pas en effet à défendre ardemment la position du Maroc lors de talk-shows TV. Il a aussi participé à d’importantes missions diplomatiques à l’étranger pour médiatiser les avancées nationales sur le dossier du Sahara. Il a même écrit un ouvrage, «Le Polisario sous la loupe», édité en 1992. Son profil n’est pas des plus anodins puisqu’il a d’abord affuté ses armes au sein du parti de l’Istiqlal. Abdelkhalek, licencié en droit, est un ex député istiqlalien dans l’Oriental, à Taourirt. Il a été journaliste, fonction qu’il prenait très à cœur et qui lui a valu plusieurs nominations dans différents organismes dont le bureau national du Syndicat national de la presse marocaine. Il gravit les échelons en devenant rédacteur en chef d’Al Alam, le quotidien arabophone de l’Istiqlal, de 1982 à 2007. Abdelkhalek a aussi cumulé des fonctions dans le champ politique. Il était membre de la Chambre des Représentants et surtout, directeur du cabinet du Premier ministre Abbas El Fassi.
Nezha Chekrouni
Ambitions brisées
Malgré sa volonté et sa persévérance, Nezha Chekrouni, ex-ministre chargée des MRE, avait vu son rêve de représenter l’USFP dans l’hémicycle se briser avec son échec aux élections de septembre 2007. Cette députée, qui compte plusieurs cordes à son arc, voulait même renoncer au Parlement au profit du Conseil supérieur de l’émigration. La militante de gauche a dû revoir ses ambitions à la baisse et se contenter du poste d’ambassadeur du Maroc au Canada, suite à une nomination royale en 2009. Maigre lot de consolation pour celle-ci car dépourvue d’expérience dans la fonction diplomatique, mais qui compte un lourd passé politique. Née à Meknès en 1955, Chekrouni fait ses premières armes de militante dans son lycée, puis à l’université dans les rangs de l’Union nationale des étudiants marocains (UNEM). Après des études à la Sorbonne, elle revient enseigner la linguistique à l’université de Meknès et décide d’adhérer à la section locale de l’USFP. Petit à petit, elle gravit les échelons des instances provinciales du parti. Son engagement finit par payer. En 1998, Chekrouni devient secrétaire d’Etat aux handicapés, au sein du gouvernement d’alternance de Abderrahmane Youssoufi. En 1999, elle est nommée ministre déléguée à la Condition féminine, à la Protection de la famille et de l’enfance et à l’Insertion des handicapés. Chekrouni rempile avec un autre mandat au gouvernement, en tant que ministre déléguée auprès des MRE, en 2002.
Enquête

