C’est la croix et la bannière pour se faire un nom dans le secteur de la mode. Etre mannequin nécessite au-delà de la silhouette, une discipline rigoureuse. Faute de réglementation, les modèles marocains ne bénéficient d’aucun statut qui soigne leur image de marque. Une seule a réussi une carrière internationale, un bon début…

Le monde des paillettes, des flashs et des projecteurs fait rêver toutes les filles même les plus jeunes. Sauf qu’être mannequin au Maroc, c’est un vrai parcours du combattant. Il n’existait pratiquement pas jusqu’en 2006 d’agences spécialisées dans le recrutement et la formation des jeunes talents. Comme il n’existe pas vraiment de chasseur de têtes non plus.
En l’absence de structures dédiées, ce métier s’est développé grâce aux couturières marocaines pour leurs défilés de caftans ou encore grâce à la publicité.
Aujourd’hui, se frayer un chemin dans le monde du mannequinat, en dépit de quelques avancées, reste toujours aussi aléatoire. Toute prétendante est obligée de se constituer un book et, pour se faire connaître, le déposer dans toutes les rédactions des magazines féminins, premier tremplin vers ce difficile métier. C’est ainsi qu’elles pourraient être repérées par des agences de casting, des stylistes et autres organisateurs de défilés.
Il suffit ainsi d’accumuler quelques défilés ou ce qu’on appelle dans le jargon, des séries mode, pour que la réputation du mannequin se transmette de bouche à oreille entre coutières, stylistes, agences d’événementiel ou de casting. Pour ce faire, travailler en étroite collaboration avec un photographe professionnel s’avère incontournable. Il constitue le noyau du circuit, notamment avec les magazines.
Le plus dur dans ce métier n’est pas de pénétrer l’antre de la mode, mais de savoir s’y mouvoir. En l’absence de structures de formation, les mannequins apprennent les techniques sur le tas et manquent «affreusement» de professionnalisme, déplorent les stylistes. «Les démarches personnelles ne rendent pas service aux mannequins. Chaque métier à ses propres spécificités qu’il faut maîtriser et le mannequinat n’est pas seulement passer du bon temps et être sous les lumières des projecteurs, c’est aussi une profession en bonne et due forme», regrette Karim Tassi, styliste marocain ayant connu la gloire en France.
En effet, apprendre à marcher et à regarder sont des règles essentielles. La personne qui défile doit être capable d’assurer une bonne démarche. «Les mannequins marocains se prêtent parfaitement aux caftans, alors que pour des vêtements modernes, ils ne disposent pas des technicités nécessaires», indique Jamal Abdennassar, directeur général et fondateur de FestiMode.
Mais le plus regrettable c’est la quasi- absence de rigueur chez nos modèles. Les stylistes se plaignent à l’unanimité de leur comportement. «Généralement, un mannequin devrait être soumis aux exigences du chorégraphe, coiffeur et maquilleur. Or, avec les modèles marocains, c’est le monde à l’envers. Ce sont eux qui imposent leurs choix. De même qu’ils ne se présentent jamais à l’heure lors d’un événement et sont ingérables», précise Fadela El Gadi, styliste.
Hormis la ponctualité, les professionnels de la mode estiment que ces jeunes modèles demandent un cachet qui ne correspond pas à leur degré de compétence. «Dès que les filles montent sur le podium, elles croient avoir décroché la lune et se prennent pour des véritables top models. Un mannequin prête son corps, en quelque sorte, pour mettre en valeur et faire vendre le produit porté», signale Tassi.
Interrogées, quelques-unes d’entre elles tentent de se défendre de leur mieux. «Il n’est pas dans nôtre intérêt de jouer à la star, sinon nous pourrions facilement perdre la cote», avouent certaines.
Mais le monde du mannequinat n’est pas aussi sombre que cela. Certains modèles, en dépit d’un environnement peu propice, ont réussi à tout de même maîtriser les ficelles du métier. Mais elles ne sont pas légion. Pour compenser, beaucoup de stylistes se tournent vers les mannequins étrangers, où l’offre est aussi abondante que variée. En plus d’une qualité de service garantie, ils restent moins chers que les nationaux. D’ailleurs, souvenez-vous des premières éditions de Caftan: il n’y avait que des étrangères. Aucune Marocaine, par manque de professionnalisme, n’était retenue. Ce n’est que des années plus tard que les plus chevronnées d’entre elles ont eu le privilège d’y défiler.
Aujourd’hui, la situation semble légèrement se redresser avec l’arrivée d’une agence de recrutement de mannequins, SNJ models, représentante du groupe Elite au Maroc. Elle a pour mission d’accompagner les jeunes modèles en leur apprenant les rudiments du métier et de gérer leurs carrières.
Les organisateurs de défilés qui approuvent l’initiative peuvent enfin souffler. «Depuis que l’agence existe, je ne m’occupe plus des mannequins. Lors d’un défilé, je soumets les caractéristiques que je recherche et l’agence se charge de trouver les bons profils. Tout se fait dans les règles de l’art», témoigne Abdenassar.
Concernant la rémunération, il y a quelques années, un défilé rapportait entre 2.000 et 3.000 DH. Actuellement, le cachet a connu une augmentation. Il démarre à 3.000 DH pour arriver jusqu’à 8.000 DH par défilé. Tout dépend de la notoriété du mannequin. Pour Caftan, qui demeure le plus prestigieux, le tarif est fixé à 7.000 DH. En 2009, il a été augmenté pour atteindre les 13.000 DH. Les séries mode sont rémunérées aux alentours de 3.000 DH, si le mannequin figure sur la couverture du magazine. Pour la publicité, les tarifs sont négociables.
De 2.000 jusqu’à 20.000 DH voire plus, tout dépend du contrat. Si c’est une grosse campagne de publicité et d’affichage, la rémunération peut atteindre les 50.000 DH. En revanche, les mannequins étrangers reviennent entre 300 et 600 € maximum. Des tarifs qui provoquent une concurrence rude et sans merci.
Aujourd’hui, les modèles marocains ont compris que sans un book bien garni, leurs chances de percer s’amenuisent surtout qu’actuellement le marché est devenu de plus en plus exigeant. Sinon, les moins chanceuses, celles qui n’arrivent pas à vivre de ce métier, se rabattent toutes ou presque sur d’autres activités pour gagner leur vie. Elles se retrouvent parfois dans l’obligation d’accepter des offres dérisoires. Ce qui ne joue pas en faveur du modèle qui détruit ainsi son image de marque, son seul fonds de commerce. L’accueil, une prestation qui reste plus au moins dans le même registre, est également un recours. Il s’agit d’une nouvelle tendance au Maroc qui prend de l’élan. L’agence JB’Com, spécialisée dans l’accueil et l’animation des événements, est une des plus connues sur la place. La project manager de l’agence, Hanane El Jassifi, est plutôt optimiste. «Le secteur est de plus en plus demandeur. Les grandes structures ont été les premières à solliciter cette prestation. Aujourd’hui, même les plus petites entreprises font appel à nos services», explique-t-elle. En effet, l’agence gère deux catégories d’hôtesses: les prestiges et les ordinaires. Pour les prestiges, ce sont des mannequins, ou des visages connus qui font l’accueil lors des soirées VIP. L’autre catégorie participe à tous les événements. Pour les mannequins, l’accueil reste tout de même une alternative pour «arrondir les fins du mois».
3 Question Ã
Salima Ziani
Directrice de SNJ models
«La voie professionnelle ça marche!»
L’Economiste Magazine: Quelles procédures entamez-vous pour recruter de futurs mannequins?
Salima Ziani: Depuis que nous nous sommes installés au Maroc, en 2006, nous recevons de nombreuses candidatures via notre site. Aussi, le concours annuel permet de sélectionner les meilleurs profils qui répondent parfaitement aux exigences de la charte élaborée. Le casting de sélection donne la possibilité de vérifier les atouts de chaque prétendante. A titre d’exemple, être photogénique, avoir du charisme sur le podium…
Le respect des mensurations est impératif sauf à quelques exceptions près. L’expérience acquise dans ce domaine nous permet d’analyser le corps de la candidate et de pouvoir déterminer les potentialités éventuelles. Il est important d’avoir l’œil, comme on dit. L’âge est également un critère déterminant. La tranche d’âge idéale est entre 14 et 20 ans. Au-delà , la fille commence à perdre de sa fraîcheur. L’agence peut également avoir recours à ce qu’on appelle dans notre jargon, le «scouting». Il s’agit de se déplacer mêmes dans les patelins les plus perdus pour rechercher des mannequins.
Quel rôle joue concrètement l’agence?
Mis à part le recrutement, l’agence prend en charge la formation des mannequins au métier. La démarche, les pauses, les regards… sont des attitudes qui s’acquièrent. Un mannequin doit savoir jouer sur l’image. Notre rôle est d’allier la beauté à l’intelligence à travers des campagnes de grandes marques. Ceci est très important dans la carrière d’un modèle.
Accumuler des défilés de stylistes connus contribue à se faire un nom sur la place. Une équipe de professionnels est mobilisée pour encadrer ces futurs mannequins. Du fait qu’ils sont jeunes et surtout que le monde de la mode impressionne, la présence d’un agent est impérative. En d’autres termes, l’agence gère la carrière du top modèle.
Pour ce qui est des formalités en cas de déplacement à l’étranger, tout est pris en charge par l’agence.
Existe-t-il des potentiels capables de franchir les frontières?
C’est vrai que les Marocaines ne ressemblent pas aux filles des pays de l’Est, mais elles ont aussi leurs spécificités. Il existe des modèles qui feront une très bonne carrière. Il y a particulièrement un mannequin qui cartonne en ce moment. Il s’agit de Hind Sahli, qui représente une fierté. Elle est actuellement installée à New York et a défilé dans d’autres villes de mode comme Paris, Londres et Milan. D’ailleurs, elle a été nommée premier top modèle marocain international. Hind a été découverte par notre agence et a suivi la voie professionnelle et ça a bien réussi.
Propos recueillis par M.O.


