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Les fabriques à élites: Classes préparatoires

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Une formation semée d’embûches

Internats délabrés, état désastreux des salles de cours…, les classes préparatoires souffrent d’un sérieux laisser-aller. Les associations montent au créneau, le privé s’engouffre.

N’accède pas au pinacle qui veut! Deux ans de classes préparatoires (MPSI, PCSI) signifient une ouverture sur un monde plein d’opportunités et de débouchés. Cette formation donne accès aux écoles les plus prestigieuses au Maroc comme à l’étranger et notamment en France. Mais il ne suffit pas d’avoir une bonne moyenne ou une mention très bien au baccalauréat pour s’assurer de l’admission. Un ensemble de critères sont pris en considération pour la sélection. Le ministère de l’Enseignement supérieur a mis en place une charte qui définit le calcul du coefficient permettant aux étudiants d’être sélectionnés. Il s’agit d’une formule qui regroupe la note de l’examen régional en arabe et en français à laquelle s’ajoute la moyenne de l’examen national en mathématiques, physiques et anglais, la note attribuée par le conseil de classe, la note de redoublement et la moyenne générale du baccalauréat. Dans ce calcul, les matières déterminantes restent les mathématiques et les sciences physiques. Les étudiants sont ensuite sélectionnés en fonction du nombre de places imposé par le ministère. «La qualité de la formation proposée représente une base pour intégrer les écoles les plus prestigieuses. Les résultats escomptés durant toutes ces années témoignent de la pertinence du système», souligne Abdelmajid El Aoumari, directeur du lycée Ibn Taymia à Marrakech.
Les frais d’inscription dans les lycées publics, pour les élèves ayant eu l’opportunité d’y accéder, reviennent à 1.620 DH par an. L’équivalent de 8 DH par jour durant trois trimestres. De même que, pour passer le concours national commun (spécifique aux écoles d’ingénieurs nationales) à la fin des deux ans, il faut payer 300 DH. Pour les concours français, le tarif est fixé à 500 DH par concours et il en existe quatre.
Si ces tarifs semblent dérisoires pour la plupart, pour certains élèves brillants mais démunis, c’est un montant difficile à amasser. D’où l’engagement de Fatéma Nasrouni à travers la fondation Moulay Youssef justement créée pour venir en aide aux élèves les plus nécessiteux. Elle vient compléter, en amont, les actions de la fondation Académia, qui consistent à octroyer des prêts aux étudiants les plus méritants pour poursuivre des études à l’étranger. La mission de la fondation Moulay Youssef réside dans l’accompagnement des étudiants de l’admission dans les classes prépas jusqu’au départ à l’étranger. L’ensemble des frais est supporté par la fondation. «L’objectif est de permettre aux jeunes marocains brillants et surtout pauvres d’avoir l’occasion d’être eux aussi un jour, quelqu’un», souligne la présidente de la fondation. Au fil des ans, le rôle de ces fondations s’est élargi. Il ne se limite plus à financer les études, mais également à réhabiliter les salles de cours et améliorer les conditions de vie dans les internats.
Si le secteur public demande peu de moyens financiers, le privé fixe la barre très haut. Les frais d’inscription avoisinent facilement les 45.000 DH dans les écoles privées et jusqu’à plus de 70.000 DH dans les missions françaises. Selon les directeurs des établissements, ce prix est justifié par la qualité des enseignants, du matériel et des outils nécessaires à la formation. «L’enseignement privé offre un système d’encadrement de qualité. Notre méthodologie est basée sur l’accompagnement des étudiants», déclare Mohamed Faoudi, directeur des classes préparatoires au groupe scolaire la Résidence, à Casablanca. A noter que l’IMM a été la première école qui a lancé les classes prépas, option économie commerce. Actuellement, le nombre d’écoles privées qui se sont spécialisées dans les classes prépas connaît une forte croissance. Ce secteur a saisi l’opportunité que le système public admet un nombre limité d’inscrits pour accueillir les non-admis. Pour El Aoumari, le privé représente une seconde chance.

M. O.


«Encore des lacunes à combler»

Fatéma Nasrouni

Présidente fondatrice de la Fondation Moulay Youssef pour élèves nécessiteux des classes préparatoires.

Comment vous est venue l’idée de la fondation Moulay Youssef?
Fatéma Nasrouni: Etant membre de l’administration du lycée Moulay Youssef à Rabat, j’avais un contact direct avec les élèves. Souvent, certains d’entre eux, d’une intelligence incomparable, n’arrivaient pas à poursuivre leurs études faute de moyens. L’idée m’est venue quand mes enfants ont intégré les classes prépas. C’est dommage que des jeunes aussi brillants ne puissent pas avoir une chance dans la vie.
En quoi consiste l’aide que vous apportiez aux élèves nécessiteux?
L’aide touche essentiellement les élèves les plus remarquables. Pour les dénicher, nous travaillons en collaboration avec les établissements publics de pratiquement toutes les villes, qui     connaissent le niveau de chaque élève. Concrètement, l’association prend en charge la pension, qui s’élève à 540 DH par trimestre. A la fin du cursus, les frais de dossier et du voyage pour les concours français sont aussi pris en charge. Pour chaque étudiant admis, une dotation de 17.000 DH est offerte.

Quels sont les problèmes rencontrés dans les classes préparatoires?
Mis à part l’état des établissements, il y a le problème de la langue française qui représente un réel handicap. Certains étudiants ratent des concours à cause de la langue. L’autre problème se pose au niveau du corps professoral. Pour la préparation des concours, les enseignants refusent de donner des cours de concentration, contrairement aux écoles privées. En ce qui concerne le cycle supérieur, les étudiants qui poursuivent leurs études à l’étranger tardent à recevoir leur bourse et se trouvent contraints d’emprunter. Je pense que les responsables devraient se pencher sérieusement sur l’état des classes prépas, car il reste beaucoup à faire.

Propos recueillis
par Maryem OUAZZANI
 

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