Pour répondre à des besoins d’urgence, les opérateurs de transfert d’argent rapide se posent comme une option de choix. Un marché juteux et concurrentiel pour les opérateurs qui se lancent dans une bataille
acharnée pour séduire plus de clients.
Très juteux marché, le transfert rapide d’argent. Ce marché qui se chiffre à des milliards de DH attise la compétition entre les leaders du secteur qui se livrent une bataille acharnée sur les tarifs. D’ailleurs, les utilisateurs motivés par l’urgence, se focalisent plus sur les délais de transfert, généralement moins d’une heure, que ce soit au niveau national ou international.
En effet, les agences de transfert rapide attirent de plus en plus de MRE, qui envoient des sommes d’argent à leurs proches au Maroc pour des besoins primaires d’urgence. C’est ce qui explique la baisse des transferts des MRE via les canaux classiques (banques, poste) qui ont des délais entre 4 et 7 jours, au profit des opérateurs des transferts instantanés, selon une étude publiée récemment par l’Observatoire des Marocains résidant à l’étranger, mis en place par la Fondation Hassan II.
Dans se secteur, deux géants américains se partagent le gâteau: majoritairement Western Union (WU) suivi de Money Gram (MG). Si WU se taille la part du lion, c’est principalement grâce à son réseau d’agences et de partenaires très étendu. Non seulement le choix en termes de canaux, de montants et de délais est vaste, mais de plus, l’opérateur est stratégiquement très proche de ses clients. Une politique qui s’illustre par des partenariats conclus avec des agences de voyage, des opérateurs des transports, des commerces de proximité, qui viennent grossir le réseau déjà existant. Au Maroc, Western Union compte une centaine d’agences en plus des distributeurs agréés et des partenaires bancaires qui commercialisent ses services. Concernant les coûts, une nouvelle grille tarifaire vient d’être mise en place en juin dernier, avec des réductions allant jusqu’à 20% par rapport à l’ancienne tarification.
De son côté, Money Gram avance l’atout prix en affichant des tarifs plus bas que ceux de la concurrence. Et accapare également le réseau des bureaux de tabac et marchands de journaux, en plus de l’existant, pour une plus grande proximité. Un service lancé en faveur des immigrés, afin de grignoter sur les parts de marché de son concurrent direct. Si le choix peut sembler incongru, l’opération, elle, se déroule exactement de la même manière que dans une agence bancaire. En effet, le buraliste délivre au client un reçu après avoir entré le montant envoyé dans un terminal informatique. Une fois le montant crédité, le destinataire peut récupérer la somme en espèces dans l’un des points de vente Money Gram au Maroc.
Le transfert d’argent n’est pas uniquement du ressort de l’international. Ce marché attise les convoitises au niveau national où de nouveaux larrons ont fait leur entrée. L’envoi d’argent du Maroc vers l’étranger étant strictement réglementé, ces opérateurs ont préféré éviter les obstacles de l’Office des changes, en proposant des services de transfert rapide inter-villes. C’est le cas de eFloussy qui compte plus de 500 agences, sur tout le territoire marocain. L’opérateur s’appuie en effet sur son propre réseau d’agences dédiées, qui commercialisent néanmoins d’autres services de transferts internationaux comme Western Union et Money Gram. Les envois via eFloussy sont strictement réglementés selon les procédures de contrôle et de conformité de Bank Al-Maghrib. L’envoi et la réception s’effectuent en effet sur présentation de la carte d’identité, avec livraison du reçu de la transaction. La rapidité constitue également la force de frappe de l’opérateur qui permet à ses clients un transfert en 30 secondes. Un sms informe le receveur du code de l’opération, et après le retrait du montant, l’envoyeur est informé par un autre sms de l’aboutissement de l’opération.
Wafacash, filiale d’Attijariwafa bank, offre également des prestations de transfert instantané. L’opération se déroule en quelques minutes, sans domiciliation bancaire. L’opérateur qui s’appuie sur ses propres agences, qui commercialisent en outre les services Western Union et Money Gram, offre la possibilité d’informer le bénéficiaire de l’opération, mais seulement en option. Le bénéficiaire peut également choisir de retirer l’argent envoyé par tranches s’il le désire.
Par ailleurs, Maroc Telecom, opérateur de téléphonie s’est également lancé dans les services de transfert d’argent, en partenariat avec Attijariwafa bank et la BCP. Le service Mobicash permet de réaliser des transferts sur le plan national à partir d’un mobile. Les clients n’ont pas besoin d’être bancarisés pour profiter de cette offre, il suffit d’acquérir la puce adaptée et d’alimenter son compte dans une agence Maroc Telecom. L’opération est sécurisée grâce à un code secret mis à la disposition du client. Ce service n’entraîne aucun frais de tenue de compte.
Marie-Elise Droga
«Nous optons pour une stratégie de proximité»
Quels sont vos avantages par rapport aux autres moyens de transfert d’argent?
Les transferts bancaires nécessitent l’existence de comptes à l’envoi et à la réception. Et nous connaissons le faible taux de bancarisation dans les pays de l’Afrique du Nord ou de l’Afrique sub-saharienne. Nous offrons un service différent par rapport aux produits bancaires.
Notre créneau c’est l’envoi d’argent cash de façon rapide. Nous effectuons ainsi un travail complémentaire des activités bancaires classiques.Aujourd’hui, nous avons un réseau diversifié, fiable et de proximité.
Il s’agit à la fois du réseau d’agences propres et des points de vente des partenaires. Nous adoptons également des tarifs préférentiels pour certaines destinations comme le Maroc. Nous proposons des formules très compétitives notamment en termes de rapidité (transferts en quelques minutes) ou en termes de coûts notamment avec des offres de transferts moins chères, programmables sur 48h.
La réception des montants envoyés peut se faire en cash ou sur une carte de crédit. Nous offrons ainsi une multitude de choix en termes de canaux, de montants, de délais, et de proximité.
Votre activité a-t-elle été impactée par la crise? La baisse de tarification est-elle une conséquence?
Le secteur des transferts d’argent n’a pas été beaucoup influencé par les effets de la crise. Car, ce qui motive le choix de cette modalité de transfert, ce sont des besoins primaires d’urgence, comme les frais de soins, d’éducation, de nourriture…
Donc, l’utilisateur ne peut pas se permettre de différer ses envois. Mais nous avons constaté néanmoins, un affaiblissement des montants sur certaines destinations. De son côté, la baisse de la tarification est le fruit d’une longue réflexion avec la Banque postale et le ministère de l’Immigration pour répondre aux nouveaux besoins des clients. C’est pour cela que la baisse a concerné particulièrement les petits montants fréquemment envoyés. Nous avons également décidé de baisser la tarification relative aux gros montants pour favoriser l’épargne des migrants.
Comment envisagez-vous l’évolution de vos activités au Maroc?
La filiale Maroc de Western Union adopte la même stratégie de proximité, en déployant des efforts avec des partenaires comme Wafacash, notamment en mettant en œuvre des concepts nouveaux comme le lancement d’une série de camionnettes sécurisées qui se rendent sur les marchés ruraux pour être plus proches des utilisateurs. Nous sommes également engagés dans une stratégie de diversification. Nous sommes actuellement en discussion avec de nouveaux partenaires marocains qui veulent introduire les services Western Union dans leurs activités, ce qui leur permettra d’attirer une nouvelle clientèle.
par M. A. M.
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