Les mises en garde des oracles
La «tragédie» grecque a fait planer le doute, pour la première fois, sur la pérennité de la zone euro. Nouriel
Roubini et Joseph Stiglitz tirent déjà la sonnette d’alarme. Pour Jacques Attali, le déclin de l’UE viendra nécessairement de la dette publique.
La crise grecque, a réussi à ébranler l’union économique et monétaire la plus solide au monde.
Au point de faire planer le doute, pour la première fois, sur l’avenir de la zone euro. Face à la crise, les Allemands ont été les premiers à évoquer la sortie de la Grèce en dehors de la zone. Les Français de leur côté, n’ont pas hésité à menacer d’en sortir si l’Allemagne ne volait pas au secours de la Grèce. Suite aux tergiversations des uns et des autres et la lenteur de l’adoption d’un plan d’aide, beaucoup n’ont pas donné cher de l’avenir de l’union monétaire. Tels que Joseph Stiglitz (Prix Nobel) et Nouriel Roubini (Conseiller d’Obama). «L’Union monétaire européenne pourrait se disloquer si ses divergences économiques persistaient. Aucune union monétaire n’a jamais survécu en l’absence d’union budgétaire et politique», pense Roubini. L’euro quant à lui, a beaucoup perdu de sa valeur, en se situant à fin mai autour de 1,22 dollar (-23,5% par rapport à 2009). Jamais le doute n’a autant plané sur la monnaie unique. Cependant, est-il envisageable de voir l’euro tout bonnement sauter? Il est vrai que plusieurs pays seraient tentés de quitter l’union monétaire en vue de dévaluer leurs monnaies, baisser leurs taux d’intérêt et relancer leurs économies. Mais le coût de la sortie de l’union serait plus important que les bénéfices attendus. Déjà , cela suppose la création d’une nouvelle monnaie qui peinerait à s’imposer. Les débiteurs publics et privés du pays en question tomberaient, par ailleurs, de fait en cessation de paiement, car leurs dettes sont libellées en euro. L’Etat lui-même, devra augmenter ses taux d’intérêt afin de pouvoir s’endetter et financer ses déficits. Mais tombera nécessairement dans l’insolvabilité. Par ailleurs, cette sortie aura pour effet d’ébranler la confiance en l’euro et d’affaiblir l’UE.
Il est donc peu probable qu’un pays choisisse de sortir de la zone euro (encore moins la Grèce qui a catégoriquement rejeté cette option). En outre, même si la valeur de l’euro a considérablement baissé, il n’a pas pour autant touché le fond. «L’euro demeure encore aujourd’hui surévalué. Si l’on calcule le taux de change d’équilibre, en faisant appel à la parité des pouvoirs d’achat, on arrive à 1 euro = 1,10», relève l’économiste Christian De Boissieu (président du Conseil d’analyse économique auprès du Premier ministre français). La dépréciation de l’euro pourrait même être salutaire, car elle permettra de doper les exportations et de gagner en compétitivité. Pour l’heure, et même après plusieurs atermoiements, les pays européens ont choisi de se serrer les coudes. En commençant par le plan d’aide de 750 milliards d’euros à la Grèce (avec la participation du FMI), lui permettant d’honorer ses dettes. Dont 110 milliards sur 3 ans, avec comme objectif de ramener le déficit public à 3% d’ici 2014. A condition d’adopter un plan d’austérité drastique: Réduction des dépenses étatiques, augmentation des taxes, et gel des salaires des fonctionnaires et des retraites. Une recette «classique» du FMI, qui redore son blason après son intervention, et sur laquelle son directeur Dominique Strauss Kahn insiste.
Les autres membres de la zone euro ont également dû se serrer la ceinture, afin d’éviter que le même scénario grec ne se reproduire chez eux. Surtout sachant que la majorité ont accumulé des déficits monstres et sont loin de respecter les principes de base du traité de Maastricht (dette publique à 60% du PIB, déficit public à 3%, et inflation ne dépassant pas de 1,5% les pays les plus performants en la matière). Notamment, l’Espagne, le Portugal et l’Italie, qu’on annonce d’emblée comme les prochains sur la liste. L’Espagne, Par exemple, prévoit de faire passer son déficit public de 11,2% à 3% en 2013, et 50 milliards d’euros d’économies sur ses dépenses. L’Italie (aussi endettée que la Grèce avec une dette de 115,8% du PIB en 2009) et le Portugal (avec une dette de 76,8%) ont d’ores et déjà entamé des plans d’austérité pour se prémunir. De même que plusieurs autres pays européens, comme le Luxembourg, les Pays-Bas, L’Irlande et la France qui a prévu un plan de rigueur. D’autres se mettront bientôt à la diète budgétaire, tels que le Royaume Uni, la Finlande et le Danemark. Seule l’Allemagne semble être en bonne santé financière.
L’Union européenne n’a toujours pas réussi à relever la tête après la crise des subprimes et voilà qu’elle se trouve confrontée à l’une de ses pires crises financières. Ses prévisions de croissance vacillent entre 0,5 et 1% sur le moyen terme, et l’on craint carrément une stagnation à la japonaise. Le chômage y a atteint récemment des sommets (20% en Espagne par exemple) et avec les plans d’austérité les conditions sociales risquent d’être dramatiques. «Si l’Europe continue dans cette voie là , elle court au désastre», prédit Stiglitz. «Le taux de chômage des jeunes en Grèce s’approche de 30%. En Espagne, il dépasse 44%. Imaginez les émeutes qu’il y aurait s’il monte à 50 ou 60%», s’alarme l’économiste. L’Union réussira-t-elle à s’en sortir indemne? Qu’en sera-t-il de ses partenaires, notamment ceux du Sud? Le Maroc, par exemple, en pâtira certainement (exportations, tourisme, etc.). L’UPM (Union pour la Méditerranée), pour sa part, semble de plus en plus utopique.


